20/06/2008
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On peut schématiquement classer les BD mettant en scène les enfants en deux catégories qui, chose curieuse, se répartissent de manière assez précise entre les deux grandes traditions bédéistes mondiales: en Europe, on privilégie l'esprit d'enfance: les histoires de cour de récréation (Titeuf) ou les séries gentiment familiales (Boule et Bill) dominent et on s'y efforce de cerner les spécificités du langage et de la mentalité enfantines. En Amérique, au contraire, on aime jouer du décalage entre le monde enfantin et la réflexion sur la société (les Peanuts) ou entre le réel et l'imaginaire (Calvin et Hobbes), pour ne pas parler des combats politico-économiques qu'illustrent au second degré les irrésistibles aventures de la Mafalda de l'Argentin Quino.
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L'originalité du Pico Bogue de Dominique Roques et Alexis Dormal est que, bien que visiblement gamin de Paris, il tienne davantage de Mafalda que du petit Spirou. Nanti d'une petite sœur au nom aussi exotique que lui (Ana Ana), Pico, dont la chevelure rousse en bataille tient à la fois du lion et du plumeau fou, est un intarissable raisonneur: il réfléchit à ce que ses parents pensaient de lui avant la naissance de sa sœur, dégoûte celle-ci de jouer dans le jardin en lui apprenant que la terre provient de la décomposition des cadavres, suppute les chances qu'a sa mère de céder à son instinct ou à sa raison quand il a fait une bêtise, reproche à son grand-père de lui faire du chantage affectif, accuse le marchand de bonbons de vendre des anabolisants, apprend à la boulangère que «trancher» signifie étymologiquement «couper en trois» et commente le «quart d'heure de célébrité» cher à Andy Warhol.
Ces petites histoires pleines de poésie, parfois un peu alambiquées, prennent l'univers enfantin plus comme un point de départ que comme l'objet d'une exploration sociologique. Servies par un trait rappelant un peu celui de Sempé (le petit Nicolas), en plus hirsute, les aventures de Pico ne font aucune concession à la vulgarité ambiante; si elles se situent résolument dans une société où les conflits de génération sont devenus des jeux plutôt que des affrontements, elles gardent un côté intemporel qui nous fait rêver d'un monde où les enfants pourraient réfléchir sur leur place dans l'univers plutôt que de se laisser abêtir par les gadgets décérébrants de la société de consommation. / ACO
«Pico Bogue: la vie et moi», D. Roques et A. Dormal, Dargaud, 2008 <!-- TEXTE:END -->
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