Une bouffée d'air frais

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Malgré sa coupe de cheveux improbable, Pico Bogue n'a rien d'un héros de manga. En fait, ce gamin roux à l'âge un peu flou est un vrai petit miracle à l'heure où les gros éditeurs privilégient les héros qui rentrent dans de toutes petites cases. Pas question pour Dominique Roques et Alexis Dormal d'écrire uniquement pour des enfants, sous prétexte que leur héros à eux en est un. Ainsi, Pico ne peut avoir plus de huit ans mais il philosophe déjà comme un grand ; son air décalé l'empêche de parler comme un drôle sans pour autant intellectualiser comme un adulte. Il ne manque pas grand chose à "La vie et moi" pour être un bijou intemporel. Cet album aux accents sempéiens ne peut laisser insensible et il n'est guère surprenant d'apprendre qu’une alchimie si particulière nous est concoctée par un tandem atypique mère/fils dont c'est le premier album chez Dargaud. Les jeux de mots sont parfois un peu capilotractés et la chute des gags un peu poussive mais l'ensemble n'en reste pas moins infiniment savoureux.

Vous l'aurez compris, cet album bouleverse les recettes du genre tant au niveau du fond que de la forme. En effet, les bêtises du petit rouquin se distinguent également par la variété des schémas comiques : tantôt en planches complètes, tantôt en demi-pages, tantôt en scènes muettes, tantôt submergés de bulles harmonieuses, les gags de Pico Bogue sont parfois tendres, parfois cruels. De plus, il se fait régulièrement voler la vedette par sa petite sœur ou ses parents et c'est avec un plaisir décuplé qu'on le retrouve au gag suivant. De nos jours, même cette abnégation est rare chez les héros "jeunesse" qui vampirisent souvent leurs petits camarades de jeu d’une vendeuse omniprésence .

À l'heure du tout fluo, Pico Bogue tranche à nouveau par des couleurs traditionnelles très réussies. Les aquarelles de Dormal sont pleines de poésie et confèrent au dessin un charme rare qui rappelle paradoxalement certaines BD noir et blanc telles que Calvin et Hobbes (Watterson) et Mafalda (Quino)... Comme ses cousins sus-nommés, Pico semble tout droit sorti d'un autre continent et ses superbes couleurs y sont sûrement pour quelque chose. Quant au dessin, crayonné, il est aussi vif que le caractère du petit bonhomme. Avec une certaine classe, ce trait nerveux confère une cohérence parfaite aux personnages et offre une lecture fluide et rythmée.

Une vraie bouffée d’air frais, cette nouvelle BD va jusqu’à se distinguer par la maquette même de son édition : sans être un casse-tête pour votre bibliothèque, l’album n’est ni un grand ni un petit format et se distingue par un look un peu vintage. Ultime facétie des auteurs ou contrainte éditoriale ? Faites-vous une idée sur ce dernier point et foncez l’acheter sous peine de rater un vrai bon moment de BD.

[Parution : http://www.virus-bd.net/index.php?id=67&module=virusbd&action=chronique:readChronique]